Les filtres ou l’art intensifient-ils véritablement notre beauté ?

Au départ, les effets spéciaux utilisés dans les réseaux sociaux semblaient être un moyen inoffensif de «s’habiller» avec des oreilles de chien ou des moustaches de chaton, et de se déguiser avec des lunettes fantaisistes. Mais à force de lisser les peaux, affiner les nez ou repulper les bouches, ces filtres ont contribué à gommer la diversité des visages que la Nature nous a donnée.

Sur une photo, nous préférons bien sûr nous montrer sous un angle avantageux. En même temps, pris dans un flot continu de portraits retouchés, notre regard s’habitue à une esthétique irréelle. Progressivement, le naturel finit par nous paraître insatisfaisant et la beauté extérieure, promesse de bonheur, se réduit à quelques modèles. Nous perdons suffisamment nos repères visuels pour que des influenceuses comme Lil Miquela ou Shudu Gram nous semblent cacher une personne en chair et en os, alors qu’il s’agit de créatures 100% virtuelles.

Les sculpteurs antiques et les peintres par la suite proposaient déjà des morphologies de référence. Hollywood chez nous ou Bollywood en Inde, de même que la mode formatent aussi notre goût pour certaines allures et apparences. Les représentations d’Eve et Adam dans l’art occidental témoignent toutefois de la variation des canons du masculin et du féminin au fil des époques, sous l’influence de multiples facteurs socio-économiques.

Actuellement, nos outils informatiques nous incitent à essayer une “chirurgie numérique” uniformisante, alors que nous revendiquons la liberté de choix. Or, chaque visage gagne-t-il vraiment en attrait lorsqu’il passe par les mêmes moules ? Quelle version de notre collaboratrice préférez-vous ? Les versions avec des filtres vous paraissent-elles préférables au portrait «nature» ?